Carnet de Route
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Jour 0 - Vendredi 27 Septembre 
(Heure de Paris : 17h00)

Et oui. Même un môme saurait qu'on compte à partir de 1 et non de 0, mais je suis un informaticien. Et un informaticien, ça a ses petites habitudes, ses petits défauts. Et ça commence son carnet de route une petite journée en avance. Bref.

Le train s'éloigne. J'ai beau chercher parmi mes anciens souvenirs, je ne parviens pas à faire remonter en surface mon dernier périple d'une telle ampleur. Je suis allé en Autriche et en Hollande pour le boulot, un peu partout en France pour voir les potes, mais plus de véritable voyage depuis mon enfance et les maints séjours en Europe avec les parents. Et la dernière fois où je suis allé aussi loin, c'était les quelques jours à New York (aux US, déjà), après le baccalauréat.

Le train s'éloigne. De Lyon. Du boulot. De chez moi. Pourtant, au fond de moi, j'ai l'impression que c'est ce qui me manquait véritablement ces dernières années. Partir loin et être sûr, au retour, que c'est véritablement chez moi. On n'aime jamais autant que ce qui vous a manqué.

Le train s'éloigne et me rapproche de ce qui a occupé mon esprit ces derniers mois. Un nouvel échec. Je pensais que le voyage permettrait, entre autres, de faire le point sur tout ça. Mais la vérité est là : le point est déjà fait. Aujourd'hui, le carrefour devant moi ne concerne pas ma vie sentimentale, mais bien ma vie professionnelle.

Le train s'éloigne, en ligne droite toujours. Un trait de lumière dans une campagne française ensoleillée. Ma vie à moi n'a pourtant rien d'une ligne droite.

Jour 1 - Samedi 18 Septembre 
(Paris : 02h00, Chicago : 19h00, SLC 18h00)

L'avion survole les plaines américaines, alors que nous nous dirigeons un peu plus vers l'ouest. Après un réveil matinal et une traversée de Paris à la fraîche, la traversée de l'Atlantique a été un véritable calvaire. Neuf heures à ne rien faire ou presque, à ne jamais vraiment dormir et à attendre, surtout, que le temps passe. Il a fallu que je me retrouve en milieu de rangée au beau milieu de l'avion, ce qui n'a rien arrangé. Bref, avant d'entamer cette première journée pour de bon, autant en finir avec la journée et la soirée d'hier.

Je suis arrivé à Paris à 19h00 et j'ai tout de suite rallié l'appartement de Julie. Le métro a été, comme toujours, un mauvais moment à passer. Paris n'est belle qu'à pied. J'ai trouvé Julie égale à elle-même, m'apprenant tout de même la bonne nouvelle : la présence au même moment sur Paris d'Aelrin. Je ne croise cette dernière qu'entre deux voyages alors que nous vivons à quelques kilomètres l'un de l'autre. Souvent à la descente d'un train ou d'un avion. Je ne sais pas si cela ne participe pas, en quelque sorte, à notre amitié. Chaque rencontre est un récit de voyages passés ou à venir.

La soirée a débuté dans un restaurant berbère conseillé par le Bosco : "L'homme bleu". Je retiendrai, entre autres, le dicton écrit sur les serviettes :

"Dieu a créé des terres pleines d'eau pour que l'homme y vive, et des déserts pour qu'il y trouve son âme"


La sagesse du dicton trouve une résonnance particulière à mes orielles. Peut-être que je devrais aller passer quelques temps dans le Sahara, la Sibérie ou le Nevada. Peut-être que j'y trouverais des réponses. Ou d'autres questions.

Nous avons ensuite rejoint les autres au Harry's Bar, ma première visite au mythe. J'en retiendrai la maestria de Gilles, le barman (le meilleur mojito que j'aie jamais goûté), mais aussi une légère déception quant à l'ambiance et la fréquentation des lieux. Venir au Harry's pour boire de la Bud, c'est véritablement pitoyable. M nous a assuré qu'il y avait plus de monde que d'habitude, mais malgré sa défense et la qualité des breuvages, que ce soit dit : je préfère le Cargo. Et ça a largement à voir avec les "ondes" que dégage l'endroit, que ce cartésien de M tentera d'analyser, mais qu'une certaine taureau de ma connaissance comprendra aisément ! Etaient présents Myka, M, Aelrin, Morrigane, Julie et moi. J'aurais aimé y voir d'autres personnes, comme Fred, Drago, Achille ou Sarah. Ce sera pour une autre fois. Au monde du jeu, sans doute.

Pratiquement 24 heures après avoir quitté le Harry's hier soir, je me trouve quelques milliers de pieds au-dessus du sol américain. Il a fallu attendre l'aéroport de Chicago (gigantesque) pour que j'échange quelques mots avec les autres. Même si certains me sont sympathiques, ils doivent quand même me prendre pour un asocial de première. Aucune importance : ce voyage est avant tout une introspection.

Jour 2 - Dimanche 19 Septembre 
(écrit le lundi 20 à 10h00 locale)


(On doit pouvoir trouver de bonnes raisons de rejoindre les mormons, cela dit)

Première journée sur le sol américain. Première journée chargée. Après avoir passé plus de quarante heures sans dormir, j'ai dormi quasiment d'une traite jusqu'au réveil, sans soucis du jet lag. Nous avons débuté par un tour à Temple Square, à Salt Lake City. Temple Square, c'est le centre de la vie mormone, la Mecque de ceux qui suivent "l'église de Jésus Christ et des derniers Saints". Un endroit où tourisme rime plus qu'ailleurs avec prosélytisme. "Dieu est amour", d'après eux. Si ce dieu là est amour, sa créature ne l'est certainement pas. 

Après la matinée passée à Salt Lake, nous avons débuté notre périple vers Jackson. 6 heures de bus tout de même, avec un arrêt dans une petite ville américaine typique pour manger : une série de commerces et de restos autour de "Main Street", et rien autour.
A quelques dizaines de kilomètres de Salt Lake, la nature redevient sauvage. A part la route et quelques villages isolés nommés Paris ou Montpellier, ce ne sont que forêts et montagnes.

 L'aridité de l'Utah laisse la place à une nature plus généreuse dans l'Idaho et le Wyoming. Des forêts de bouleaux, qui ont pris une teinte orange avec l'arrivée de l'automne, ou des pins d'un vert profond. Après un passage au lac de l'ours, visiblement très bas, nous remontons la rivière Snake pour arriver sur Jackson.

C'est un mélange étrange de nature domptée et d'espaces sauvages. Les greens de golf ou les pelouses des résidences cotoient les bois et les prairies vierges. Malgré l'omniprésence de la civilisation, il est aisé d'imaginer ce qu'ont pu ressentir les premiers pionniers occidentaux. 

Immensité et perspectives.

Jour 3 - Lundi 20 Septembre 
(Paris : 04h00, SLC : 22h00)

Nous avons quitté Jackson ce matin pour pénétrer dans l'ouest américain à proprement parler : les parcs naturels des Grands Tetons et de Yellowstone. Les paysages sont grandioses et magnifiques. Loin des montagnes européennes surpeuplées, les Rocheuses, dans cette partie des US, constituent un endroit sauvage avec la route comme seul fil d'ariane vers la civilisation. Où que se dirige le regard, ce ne sont qu'espaces vierges et nouvelles découvertes. Les couleurs semblent plus vives, l'air plus agréable, et même le froid ne suffit pas à calmer l'enthousiasme qui m'anime. Ce n'est pas seulement l'attrait de la nouveauté. Il y a quelque chose de primal et instinctif qui ressurgit, lorsqu'on se trouve là. Aux dires de notre guide, c'est un pélerinage que de nombreux américains entreprennent. Je les comprends. Tant de choses perdent leur sens face à l'immensité naturelle et à la beauté sauvage des lieux.


(Les Tetons enneigés)

Même si, encore une fois, cette nature est en grande partie domptée et adaptée au tourisme, on sent cette possibilité, toute proche, de retrouver quelque chose depuis longtemps égaré. Derrière cet ours nonchalant, les écureuils qui traversent le chemin sans faire attention aux promeneurs ou encore derrière cette lutte aérienne entre quelques corbeaux et un faucon. Derrière ce cougar invisible aussi, sans doute caché dans la neige fraîchement tombée, et qui observe sans être vu le ballet vain des hommes qu'on dit civilisés.

J'ai sans doute une vision romantique d'un certain passé, comme me le rappelle ce musée de la vie indienne, ironiquement créé par l'homme blanc, qui se rend enfin en partie compte des dégâts causés. Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'à force de nous poser des questions de plus en plus complexes, nous ne savons même plus répondre aux plus simples d'entre elles...

Jour 4 - Mardi 21 Septembre 
(écrit le mercredi 22 à 10h00 locale)


(Le canyon de Yellowstone)

J'écris ces lignes alors que nous quittons le parc de Yellowstone, au matin du 22. La visite du parc s'est poursuivie hier avec une ballade sur le côté est. Nous avons notamment marché le long du grand canyon de Yellowstone. Comme lors de toutes les heures passées ici, le paysage était époustouflant. Plus encore que lundi, j'ai eu l'impression de me trouver dans une nature en pleine construction. Contrairement au Grand Canyon du Colorado, pris à jamais dans une immobilité désertique, on sent ici la nature à l'oeuvre. La rivière Yellowstone est vive et animée, les falaises subissent une érosion visible, le tout est vert et déborde de vie.

Le soir, nous sommes retournés à Jackson pour assister à un spectacle de cowboys. Si l'on fait abstraction des côtés factice et commercial, coutumier pour les américains, le spectacle était émouvant. Notamment une petite chanson titrée "Grandpa", oeuvre d'un des musiciens en l'honneur de son père décédé l'année dernière. Le retour s'est fait dans la fraîcheur de la nuit. J'aurais aimé pouvoir rester dans les immensités désertes en pleine obscurité et observer la nuit étoilée, mais le sommeil l'a emporté.

Etrange, tout de même, ce que chacun attend d'un tel voyage. Les touristes français ont vraiment des habitudes détestables. Râleurs, ils ne semblent parfois voyager que pour confirmer leurs idées préconçues à la con. Rentrant en France, ils pourront alors continuer à répandre ces préjugés, avec tout le surplus de crédibilité qu'apporte un "J'y suis allé". Incapables de goûter la simple différence, ils préfèrent s'enfermer dans la certitude que tout est forcément mieux chez soi. C'est sans doute plus rassurant. Et pourtant certains d'entre eux ont effectué plusieurs voyages à travers le monde. L'envie de voyager recouvre bien des aspirations...

Jour 5 - Mercredi 22 Septembre 
(écrit le vendredi 24 à 16h00 locale)

Une journée de transition consacrée au trajet de Yellowstone à Missoula. Nous quittons le Wyoming pour le Montana. Le Montana, c'est un état pratiquement aussi grand que la France, peuplé par moins d'1 million de personnes. D'immenses plaines à l'est sont adossées aux Rocheuses à l'ouest. Par de nombreux côtés, le paysage rappelle les décors de "Danse avec les loups".

Malgré la majesté des paysages, le Montana semble moins luxuriant et plus triste que le Wyoming. On retrouve les villes américaines de province et nous nous trouvons visiblement dans un territoire de fermiers et de mineurs.

Jour 6 - Jeudi 23 Septembre 
(écrit le vendredi 24 à 16h00 locale)

Depuis Missoula, nous partons vers le nord. Le Canada n'est plus très loin et seul un parc international nous en sépare. L'après-midi est consacrée à la visite de la partie américaine du parc, nommé Glacier Park. Visite est un bien grand mot : les territoires sont ici si gigantesques qu'on ne peut en voir qu'une fraction infime. Un bus nous amène le long d'un itinéraire balisé, une petite route de montagne qui surplombe le parc.

Une conversation d'apparence anodine avec le chauffeur me met hors de moi au cours de la montée. Pour lui, les scientifiques qui poussent des cris d'alarme à propos des effets dévastateurs de l'homme sur son environnement ne semblent que des bouffons alarmistes. Après tout, un incendie ou les catastrophes naturelles provoquent bien plus de dégâts dans une forêt, et ils sont pourtant nécessaires. Cette réthorique débile est la même que celle du petit français qui continuer à polluer allègrement et se justifie par la pollution excessive que génère l'usine voisine ou l'américain avec sa grosse voiture...


(Avalanche Gorge, dans Glacier Park)

L'homme est en train de couper la branche sur laquelle il est assis d'une manière tragicomique remarquable. Mais qu'un mec comme ce chauffeur de bus, qui d'une part vit dans une région où l'on peut encore percevoir ce qu'est la véritable nature sauvage, et d'autre part aurait les moyens de changer un peu les mentalités des milliers de visiteurs qu'il transporte chaque année, c'est rageant. Frustrant et rageant.

Le soir, à Whitefish, je noierai tout ça dans une margarita servie par une blonde mince et particulièrement avenante. Si l'on n'y peut rien, autant couper la branche en même temps que les autres ?

Jour 7 - Vendredi 24 Septembre 
(écrit le dimanche 26 à 09h00 locale)

Nouvelle journée de transition et de découvertes. Pour nous rendre au Canada, nous devons contourner le Parc des Glaciers. Huit heures de route dont quatre à travers les grandes plaines de l'ouest américain, les Rocheuses toujours à notre gauche. A notre droite près de 3000 kilomètres de plaines nous séparent des Appalaches, et l'on saisit un peu mieux l'immensité du territoire américain.


(Nous entrons au Canada)

Nous pénétrons en Alberta en fin de matinée, et le décor change. Nous sommes à nouveau en montagne, les forêts de pins et de sapins sont de retour. La terre est plus riche en eau et les lacs abondent. Après des décors aussi somptueux, le retour à la "civilisation" laisse une impression étrange. Même si Calgary offre une vue saisissante dans la lumière du soir, je ne peux m'empêcher de regretter vallées, montagnes et forêts plutôt qu'embouteillages, feux rouges et gratte-ciels.

Notre hôtel est en plein downtown et une fois ce premier rejet passé, je ne peux m'empêcher de trouver Calgary agréable. Nous flânons le long de la 8e avenue, une rue semi-piétonne du centre-ville. Après le repas, une petite visite dans un bar branché du coin s'impose, et me réconcilie un peu avec les night clubs. Contrairement aux boîtes françaises, qui m'ont toujours semblé des endroits clos et enfumés, la piste de dance est ici ouverte sur l'extérieur. De grandes baies vitrées laissent une impression d'espace et de lumière. Un dry martini, une margarita et une conversation avec le portier plus tard, je passe un moment sur la piste de danse. Malgré son aspect branchouille, ce bar me plaît : les minettes de vingt ans venues s'éclater cotoient des couples à la quarantaine bien tassée venus siroter un verre de rouge. Derrière le bar et la piste de danse, un grand salon, plus calme et non fumeur, permet d'apprécier tranquillement sa boisson.

Jour 8 - Samedi 25 Septembre 
(Paris : 05h00, Alberta : 23h00)

La soirée a laissé quelques traces mais le périple ne laisse pas beaucoup de temps pour se reposer. Nous partons le lendemain matin pour Heritage Park, un parc d'attraction en forme de reconstitution historique. Ou est-ce l'inverse ? Je passe un moment seul sur les rives du lac de retenue de Calgary. Un moment de calme et de solitude bienvenu au milieu du "vacarme". Les couleurs de l'automne sont apaisantes, et Calgary est déjà loin...


(La vallée de la rivière Bow, à Banff)

Deux petites heures de routes nous amènent à Banff, une ville de montagne située au beau milieu d'un parc naturel. La vallée est splendide et dès notre arriuvée, nous grimpons sur le Mont Sulphur pour profiter de la vue. Saisissant. Le soir, un repas chez Toni Roma's, chaîne de resto spécialisée dans les travers de porcs, puis une visite aux "Upper Hot Springs", une piscine thermale dont les 39° contrastent avec la température extérieure.

J'aime ce pays. Je ne saurais dire pourquoi, j'en connais si peu. Mais j'y trouve tant de choses que me manquent que cet attrait semble inévitable. J'ai beau aimer la France et certains de ses habitants, même avant de partir, mon pays me semblait petit et étroit. Vue d'ici, elle est devenue presque insignifiante.

Là-bas, tout est neuf et tout est sauvage
Libre continent sans grillage
Ici même nos rêves sont étroits
C'est pour ça que j'irai là-bas.

Là-bas, faut du coeur et faut du courage
Mais tout est possible à mon âge
Si tu as la force et la foi
L'or est à portée de tes doigts
C'est pour ça que j'irai là-bas...

Jour 9 - Dimanche 26 Septembre 
(écrit le mardi 28 à 08h30 locale)

"La brume s'accroche aux arbres. Elle aussi rechigne à quitter le giron de la forêt."

Nous restons à Banff une journée entière. Une journée bien remplie qui débute par une ballade le long de la rivière qui traverse la ville, au bord des nombreux lacs qui parsèment la vallée. Même si le temps est couvert, le bleu azuréen du lac Peyto ne manque pas de m'impressionner. L'après-midi, nous commençons par l'ascension du Mont Tunnel, via un sentier entre les pins. La végétation et la terre au sommet, privés d'eau et exposés au soleil, ne sont pas sans me rappeler la garrigue. Il y a par contre moins de ronces et plus d'écureuils.

Alors que les autres redescendent, je profite un long moment du paysage. J'en profite aussi pour écrire quelques cartes. Sur l'ensemble de ce voyage, j'en aurai écrit près d'une trentaine, et nombreux sont ceux dont je n'avais pas l'adresse sous la main ! Etrange, mois qui n'écrivais pratiquement pas autrefois... Loin d'être une corvée, l'écriture de ces petits mots est devenu un plaisir. Et puis on écrit certaines choses mieux qu'on ne les dit.

D'humeur rêveuse, la tête encore parmi les rochers du sommet, je redescends vers Banff et l'hôtel. Une séance de jacouzi et quelques amplettes plus tard, il en temps de retourner chez Toni Roma's. C'est fatigué et repus que je regagne mon lit en attendant la journée suivante. J'allais oublier un détail pour lequel certains vont me haïr : une des séances de jacouzi s'est déroulée en présence de deux japonaises particulièrement charmantes. Et j'avoue avoir regretté l'absence de certains pratiquants de la langue nipponne de ma connaissance !

Jour 10 - Lundi 27 Septembre 
(écrit le mardi 28 à 09h00 locale)

Je quitte Banff avec la certitude d'y revenir un jour. Les paysages embrassés depuis le sommet du Mont Sulphur sont bien trop magnifiques pour que je me prive de cette vue toute une vie durant.

Nous nous arrêtons au Lac Louise dans la matinée pour une ballade à pied. Plutôt que la tranquille marche le long des rives du lac, j'opte pour la montée vers le Lac Agnès. Je n'aurai pas le temps de faire toute la montée, mais je parviens tout de même à un joli point de vue, qui valait bien une demi-heure d'effort. Et de toute manière, je préfère largement l'ambiance montagnarde, lorsque chacun se salue et échange quelques mots. Une sorte de fraternité dans l'effort dès que la pente s'élève, plutôt que la foule photographique du sentier plat. L'après-midi nous mène, après six heures de route, jusqu'à Kamloops. Dernière étape avant Vancouver, Kamloops marque pour moi notre départ des Rocheuses. Déjà les montagnes se font moins hautes et nous changeons de fuseau horaire. La Colombie Britannique où nous nous engageons est en effet sur le fuseau du "Pacific Time".

Le Pacifique que je n'ai jamais vu me tend les bras.


(Lac Louise)

Jour 9 - Mardi 28 Septembre 
(écrit le mercredi 29 à 13h00 locale, 20h00 heure de Paris)

Kamloops ne restera pas dans les mémoires. Ce ne fut qu'une ville étape, après tout. La route vers Vancouver est une longue descente qui serpente à travers la dernière chaîne de montagnes avant l'océan. Nous passons à quelques encablures du 49e parallèle, qui marque la frontière entre USA et Canada. L'arrivée sur Vancouver montre un centre-ville de gratte-ciels entouré de hautes montagnes, le tout coincé dans l'embouchure d'un fleuve. L'industrie du bois hante la ville et occupe toujours sa périphérie. Un "fog" épais nous accueille, coutumier dans la région. Mais une fois les banlieues franchies, c'est un beau soleil qui nimbe downtown.


(Vancouver et Stanley Park vus depuis le Lions Gate)

Une ballade en centre-ville, un détour par Stanley Park puis nous franchissons le "Lions Gate" pour nous rendre dans un petit parc entourant un pont suspendu étonnant. Après diverses autres pérégrinations dont un détour par un resto de poissons pour le moins intéressant, je commence une ballade nocturne dans les rues de downtown. Vancouver est à la fois plus vaste et plus sordide que Calgary. Les façades des immeubles de verre ne parviennent pas à masquer les allées sombres et sales d'une mégalopole. Il est 22h00 à peine et des ivrognes errent déjà dans les rues, dont on se demande s'ils parviendront un jour à rentrer chez eux. On est loin de la propreté et du vernis du centre-ville de Calgary. On sent une ville où la violence est présente. Par de nombreux aspects, cette ville me rappelle New York : l'omniprésence de l'eau, les hautes tours de verre et le vert d'un parc gigantesque en plein centre-ville.

Le Skybar, dont j'avais l'adresse, est bien là. Mais il est fermé. Je préfère éviter les pubs, si près du pays de la Budweiser, et je rentre à l'hôtel un peu dépité.

Jour 9 - Mercredi 29 Septembre (Paris : 20h00, Vancouver : 13h00)

J'écris ces lignes depuis le front de mer de Victoria, capitale administrative de la Colombie Britannique. Victoria se trouve en face de Vancouver, de l'autre côté d'un bras d'océan qui isole l'île de Vancouver (où se trouve Victoria) du continent. Pour résumer, je me trouve non loin du point le plus méridional du Canada. Et, comme pour conclure en beauté, la météo est particulièrement favorable. Alors que je regarde le ballet des hydravions dans la rade du port de la ville, je commence à prendre conscience que le retour est proche. L'avion décolle demain matin.

Je ne sais si j'écrirai quoi que ce soit de plus d'ici la fin. Je n'aurai certainement pas grand chose à ajouter. Ecrire ces lignes m'a parfois fait plaisir, ou a permis d'évacuer certaines choses. A la fin, il n'en restera certainement qu'un bout de texte pour agrémenter quelques photos de voyages.

Un bout de texte dans lequel il y a une part de moi, tout de même.


("I was there")